La chute de la plateforme FTX selon l’art de la guerre

1) L’art de la guerre

Tout a commencé par un article de Coindesk du 2 novembre 2022. Dans cet article, Coindesk, grâce à des documents privés, explique que FTX et Alameda Research, deux sociétés appartenant à Sam Bankman Fried seraient au bord de la faillite sur fond de corrélation financière inhabituelle entre les deux sociétés.

Coindesk explique qu’au 30 juin 2022, Alameda aurait 14,6 milliards de dollars. Le hic serait qu’une grande partie des 14,6 milliards serait détenue en FTT, le token de la plateforme FTX qui est la seconde société de SBF (Sam Bankman Fried). Pour être précis, Alameda posséderait 3,66 milliards de tokens FTT et 2,16 milliards de dollars libellés comme des garanties en FTT. Ainsi ce serait pas moins de 5,82 milliards de dollars de Alameda qui seraient garantis par des FTT et donc par l’argent des investisseurs qui ont acheté des FTT sur la plateforme Exchange FTX. (Source: https://www.coindesk.com).

Cet état financier, relaté par Coindesk, a inquiété le plus grand concurrent de FTX, Binance, qui a aussitôt annoncé qu’il allait vendre la totalité de ses FTT pour une valeur de 500 millions de dollars. Il n’en fallait pas moins pour provoquer la panique des détenteurs de FTT d’un côté et des clients de FTX de l’autre. Après la déclaration du PDG de Binance, Changpeng Zhao, FTX a essuyé des retraits massifs de sa plateforme pour un montant total estimé à 6 milliards de dollars. Les pertes ont été telles que FTX a été contraint de bloquer les retraits et de déconseiller les dépôts sur sa plateforme dans un premier temps.

SBF et FTX désormais coincés dans leur corner, le PDG de la plateforme a déclaré qu’il manquait 8 milliards de dollars de liquidités dans les comptes de l’entreprise et que s’il ne voulait pas se déclarer en faillite il lui fallait trouver un acheteur prêt à débourser une telle somme. SBF s’est donc tourné vers la seule entité la plus à même de procéder à une telle opération : son bourreau et principal rival Binance.

Binance a d’abord accepté d’entamer les négociations en procédant, par voie légale, à l’épluchure des comptes de FTX, avant de déclarer de façon tout aussi rapide son retrait des négociations et son refus dans le rachat de FTX, prétextant une mauvaise gestion des fonds et à juste titre. Nouveau coup de tonnerre pour FTX et relance de la panique qui était déjà à un niveau record sur le marché des cryptomonnaies. Le refus de Binance a été le coup de grâce pour la plateforme, car non seulement, elle était ruinée mais en plus ses fonds étaient dans une telle situation que même Binance son principal concurrent ne voulait pas la racheter. Comment trouver un autre acheteur dans de telles conditions ? Difficile.

C’est pour cela que le 11 novembre 2022, SBF annonce la faillite officielle de FTX, de Alameda Research ainsi que des 130 filiales de l’entreprise, en même temps que sa démission de son poste de PDG.

SBF annonçant l’application du chapitre 11 de la loi aux Etas Unis à propos de la faillite volontaire de ses entreprises FTX, FTX US et Alameda.

Il est à noter que la chute de FTX et SBF, qui était encore qualifié d’étoile montante par Fortune il y a quelque mois a été en réalité provoquée par Binance lorsque l’on reprend la chronologie des faits. Car si l’entreprise FTX et ses filiales étaient mal gérées incontestablement, c’est bien CZ qui a soufflé sur les braises et crée l’incendie, pour finalement jeter la bombe atomique en faisant semblant (ou pas) de racheter son concurrent et finalement signifier son refus dans un geste presque méprisant. Outre la solidarité douteuse du milieu des cryptomonnaies, il est évident que le jeu de CZ a été magistral. Il s’est servi des faiblesses de son adversaire numéro 1 pour le mettre au tapis en seulement quelques jours.

Fortune, August/September 2022, portrait de SBF qualifié de potentiel prochain Warren Buffet


L’art de la guerre…

Et comme pour mieux narguer son rival déchu et donner un avertissement à tous ses autres concurrents, CZ, le PDG de Binance a clos le chapitre qu’il avait commencé par quelques conseils :

“2 grandes leçons: (à tous ses concurrents)

1: Ne jamais utiliser un token que vous avez crée comme garantie de liquidité.

2: N’empruntez pas si vous êtes dans le marché crypto, n’optimisez pas votre capital. Ayez une large réserve.

Binance n’a jamais utilisé son BNB comme garantie et n’a pas de dettes.”


2) La mauvaise gestion de FTX sur fond de malhonnêteté ?

Ne nous trompons pas de cibles, si c’est bien Binance qui a enterré son concurrent en finalité, c’est bien FTX, Alameda Research et leur PDG SBF qui sont à l’origine des problèmes et les véritables responsables de la catastrophe.

Car la mauvaise gestion des fonds semble malheureusement corrélée avec la cupidité de FTX comme l’indique cet article du Wall Street Journal (Source: https://www.wsj.com). En clair, sur les 16 milliards de dollars déposés sur FTX par ses clients, 10 milliards auraient été utilisés à des fins d’investissement ou de trading afin d’optimiser toujours plus le capital de la société. Le procédé rappelle un peu la pyramide de Ponzi sous une certaine forme, puisque les fonds déposés par les clients étaient ensuite vampirisés à des fins autres. Si bien que lorsque les clients ont voulu reprendre en masse leurs avoirs suite aux rumeurs, FTX a implosé par manque de liquidités.

De plus, à la lumière de ces faits, on peut désormais se demander si une partie des 10 milliards de dollars prélevés sur les clients de FTX n’ont pas servi à renflouer Voyager Digital qui a été officiellement sauvé par SBF après le crash du Terra Luna. Car, en réalité une grande partie des actifs de Voyager Digital appartenaient à Alameda Research. Ainsi, les fonds des clients ont pu être détourné pour renflouer Voyager Digital et Alameda Research par la même occasion.

Si c’est bien ce qui s’est passé, alors la chute de FTX représenterait l’un des derniers dominos foudroyé par la chute de l’écosystème Terra qui a aussi eu lieu en 2022.

Quoi qu’il en soit, les mystères sur la mauvaise gestion des fonds de FTX seront probablement levés à l’avenir par les différentes enquêtes annoncées et menées par de nombreux régulateurs à travers le monde. Les Bahamas sont d’ailleurs les premiers à aller dans ce sens car ils viennent tout juste de geler les fonds de FTX Digital Markets, située aux Bahamas.

En prenant du recul, il est également intéressant de noter que le fait que le siège social de FTX soit situé aux Bahamas, reconnu comme étant un empire du paradis fiscal, est un signe de plus allant dans le sens des montages fiscaux douteux mis en place par Sam Bankman Fried.

Pour couronner le tout, le PDG lui même déclare être fautif.

“Je suis désolé. C’est la plus grande chose. J’ai merdé et aurait du faire mieux”

3) Les dommages collatéraux

La chute de FTX est une catastrophe pour de nombreuses personnes, surtout dans le contexte géopolitique actuel avec l’inflation galopante dans de nombreux pays et la hausse des taux directeurs menée par la politique des banques centrales.

Outre les millions de clients de FTX qui voient leurs capitaux déposés sur la plateforme partir en fumée, c’est le marché crypto dans son ensemble qui a essuyé l’onde de choc.

Pour la première fois depuis 2020, le Bitcoin est passé sous les 17000 dollars en entraînant les altcoins avec lui. Bien évidemment, la valeur du token FTT s’est écroulée, ruinant au passage les investisseurs. Ce scenario rappelle brutalement celui du Terra Luna et l’affaire FTX est d’autant plus dure à encaisser qu’elle se déroule quelques mois seulement après l’affaire Terra. 2022 semble donc une année maudite pour les cryptomonnaies.

De plus, cette affaire FTX va bien plus loin que l’affaire Terra. Car si l’écosystème Terra concernait une Blockchain de renommée, il impactait uniquement la valeur de ses tokens. FTX, pour sa part, est bien plus qu’un écosystème crypto, puisque l’entreprise était considérée par beaucoup comme la plateforme Exchange numéro 2 dans le monde après Binance. Les impacts de la chute de FTX vont être énormes, car il rappelle le scénario de la banque Lehman Brothers en 2008 pour les marchés traditionnels. L’onde de choc de la chute de la “banque crypto” n’en est qu’à ses débuts. Il faut donc espérer qu’elle ne va pas contaminer les autres plateformes Exchanges dans un premier temps mais également l’écosystème crypto dans son ensemble pour finir par impacter les marchés traditionnels boursiers dans un second temps.

D’ailleurs, des plateformes Exchanges crypto comme Binance et Kraken se sont empressées de révéler leurs réserves financières dans l’objectif évident de rassurer le marché.

Et… Nouveau coup de tonnerre, à la suite de ces révélations, un article sorti par Bloomberg indique que presque la moitié des réserves de Binance sont basées sur leurs propres tokens, exactement le même scénario critiqué envers FTX et SBF. (Source: https://www.bloomberg.com).

Fait aussitôt démenti par un tweet de CZ le PDG de Binance lui même :

Tweet de CZ expliquant que les 23 milliards de dollars de BUSD sont crées par Paxos, une entité régulée et non par Binance elle même.

L’article de Bloomberg et la réaction de CZ montrent bien la perte de confiance du monde envers les plateformes Exchanges crypto centralisées. Binance qui a allumé la mèche va peut être avoir du mal à éteindre l’incendie devenu incontrôlable désormais.

Autre conséquence de la chute de FTX: la pression accrue des régulateurs sur le milieu des cryptomonnaies. Comme vous le savez, en Europe, la régulation crypto à travers les lois MiCA et TRF est prévue pour une entrée en vigueur en 2024. (Article : https://cryptoforce.fr). L’affaire FTX a provoqué un émoi politico-politicard de la part des politiques qui se sont empressés de déclarer le besoin d’avoir une loi MiCA pour surveiller les cryptos et surtout d’internationaliser la loi MiCA, désormais, alors qu’elle était réservée à l’Union Européenne initialement. (Source: https://cointelegraph.com).

Une chose est donc certaine, l’étau se ressert sur le milieu des cryptomonnaies et la confiance a encore pris un coup pour les investisseurs et acteurs du milieu. Seul un nouveau Bull run supporté par le Bitcoin pourra redorer le blason des cryptomonnaies. En attendant, vivement que 2022 se clôture, en espérant que 2023 soit une meilleure année pour les cryptos.

Avertissement: Cryptoforce.fr n’est pas conseiller en investissement. Merci de faire vos propres recherches si vous décidez d’entamer une action suite à la lecture de cet article.

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par Anders Noren.

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